Jeudi 2 août - Faa’a - Polynésie Française - Ile de Tahiti - Archipel de la Société.

03h50

Ouf, ça y est! Le train d’atterrissage est bien collé au sol et l’avion semble ralentir correctement… Nous sommes en route depuis hier matin 6h30, heure métropolitaine. Le voyage est passé plus vite que nous ne l’aurions cru. Seul passage désagréable: Los Angeles. Faut vraiment ne pas pourvoir faire autrement. Ils ne vont pas tarder à tatouer un code-barre sur la nuque de tous ceux qui prétendant passer sur leur sol! Quatre heures d’une file d’attente honteuse, suspicieusements parqués debouts dans l’attente de la vérification de nos passeports. Gardés par d’agressifs butors. pour peu que votre passeport soit votre premier, comme Junior et votre serviteur, vous gagnez en outre le droit de visiter un aquarium surchauffé dans l’attente d’une vérification encore plus approfondie. Si je peux arriver à comprendre la nécessité de mesures de sécurité draconiennes, un minimum de courtoisie, la possibilité de s’asseoir pour les personnes d’un certain âge ou enceintes n’y serait pas une entorse si dramatique. Et pas la peine d’espérer trouver un quelconque entravant le Français. C’est une circonstance aggravante que ne pas parler Anglais! En guise de réponses, une succession d’aboiements plus ou moins vocalisés, postillonnés de préférence. ponctués de commentaires que l’on devine pleins d’esprits, échangés entre cerbères. C’est drôle, j’ai, depuis, encore plus de sympathie pour les animaux que l’on mène à l’abattoir… J’suis énervé ? Ouais! J’ai pas apprécié et y a pas de raisons de le faire! Petite cerise sur le gâteau: les bagages, une fois déchargés de l’avion, ben vous pouvez vous les pogner pour assurer le transfert sur le vol suivant! Pas question pour “eux” de le faire! Et faites fissa hein! Des fois qu’ils vous les fassent péter au cas ou… Heureusement que les petites hôtesses d’Air Tahiti Nui qui nous accueillent pour le dernier coups d’ailes atténuent le coup. Elles sont girondes comme tout dans leur robes longues, décorées de tiarés bien sûr. Nathalie en convient d’un coup de latte dans mon tibia droit. J’en profite pour fermer la bouche.

4h15

Ayé les bagages sont sur le chariot! Plus qu’à passer la douane… C’est quand même bizarre ces chatouillis au creux de l’épigastre.

“Rien à déclarer ?”

“Mis à part que je marine depuis trente heures dans mes fringues, que ma chemise me fait l’effet d’une mue qui ne veut pas tomber, que mon caleçon prétend ne plus se décoller de mes plus nobles attributs ? Ah bah non, j’vois pas…” suis-je tenté de plaisanter. Mais, courageusement, je me contente d’une vague dénégation épuisée. On a du bol, on ne passe pas à la fouille. Mon caleçon fut-il éloquent ?

4h30

On est dehors putain! Evidemment il fait nuit. Plein de monde avec des colliers qui viennent s’empiler sur ceux reçu à notre descente d’avion. La chaleur est moite, on se sent un peu bousculé. des documents sont remis, une marche à suivre succincte, quelques recommandations approximatives… et puis c’est tout ? Ben ? Ou qu’y sont ceux qui devaient nous prendre en charge, alléger un peu le fardeau d’une arrivée en terre inconnue au nom de la solidarité et de l’esprit de corps ? Houhou ? Siouplaît ? Quelqu’un ?

Finalement mon caleçon me déplaît beaucoup moins…

4h45

Accompagné par Junior j’ai repéré la consigne. Faut juste patienter un petit 1/4 d’heure pour l’ouverture. On confie Nathalie à la garde vigilante des valises pour filer chez les loueurs de voitures. Alors là, je vous le donne en mille: côté accueil, gentillesse et je fais tout pour te dépatouiller (non non ton caleçon ça va…) le polynésien est grand. ‘fin, surtout la polynésienne en l’occurrence. moins d’une demi-heure après j’ai les clés d’une 207 vert mangue, les valdingues sont à la consigne, (ben oui, 5 valoches format xxl dans la 207 faut pas rêver…) et en route pour… un café putain! il nous faut un café. Pis un truc à grignoter.

6h00

Ah la vache! On a pas pensé à la monnaie locale! Mes pompes renâclent un peu quand elle doivent réingurgiter mes arpions mais finissent par se rendre à mes arguments. En route pour une borne de retrait située pile à côté d’un bureau de change. Ben ouiche: “votre carte ne peut pas être lue par cet appareil”. Pas fous les changeurs. On fait les fonds de poches, heureusement qu’on était parti avec un peu de liquide. J’échange 400 euros contre une pleine liasse de jolis billets qui représentent la modique somme de 47732 fcp.

6h30

On rassemble nos esprits et la famille dans la 207. Je décide unilatéralement d’ignorer mon caleçon. ma femme, bien qu’un peu hagarde continue de s’appeler Nathalie, Junior assure comme un chef et je trouve la première au… premier essai! ‘l’est pas belle la vie ?

Allez, en route pour la D.E.S (Direction Des Enseignements) et accessoirement faire connaissance avec les embouteillages de Papeete. ici, tu oublies que ta boite de vitesse compte 5 rapports. Première surprise, ça roule pépère, pas de klaxon, on laisse passer, on dit merci, on pile aux passages piétons… Et avec le sourire! On doit avoir le ciel avec nous puisqu’on trouve notre destination du premier coup. Une petite pensée pour la vahiné de chez Hertz qui nous a tracé le chemin. 15 minutes pile poil, on est les rois du monde.

7h15

Documents dûment visés, Nathalie biche sévère. Faut maintenant foncer à la banque pour ouvrir un compte. Direction le centre de Papeete. C’est toujours incroyablement encombré mais ça roule. on trouve une place et on suit les panneaux. En moins de trois quarts d’heures le compte est ouvert, avec le sourire et la plus sincère gentillesse.

8h30

Maintenant faut trouver le Vice-Rectorat pour que les émoluments de ma chère et tendre soient versés en temps et en heure. On hésite un poil sur la direction à suivre pédestrement… Pas longtemps, une dame charmante s’avance vers nous et s’enquiert de notre tracas immédiat. Pas le temps de nous étonner que nous sommes mis sur le bon chemin.

Arrivés au Vice-Rectorat, il ne nous faut pas plus de dix minutes pour en ressortir avec un dossier aux p’tits oignons. Nathalie lévite quasiment.

9h30

Faut qu’on s’occupe du téléphone. Les portables dans l’immédiat. On se propulse chez TahitiPhone et on opte dans un premier temps pour une Vini carte. (Ici les mange-cerveau s’appellent des Vini. Du nom d’un oiseau du cru qui piaille tout comme.) Histoire de pouvoir prendre contact avec l’agence auprès de laquelle nous avons retenu un appartement. Rendez-vous et pris pour midi. Ca biche toujours, mais on commence à sentir chuter l’adrénaline.

10h30

On va essayer maintenant d’assurer la voiture achetée auprès d’un collègue de Nathalie qui quittait Tahiti. La fatigue est là, on rame sévère pour trouver les adresses. De guerre lasse on fait l’impasse pour foncer boire un truc avant de nous rendre au rambour de l’agence. On se laisse tenter par une Hinano Junior et moi. Il s’agit de la bière locale et, ma foi, elle est plutôt bonne et râpe agréablement nos gosiers assoiffés. Nathalie pour sa part ne prend pas de risque et se contente d’un jus de fruit.

12h00

Direction Punaauia, PK 13,5. Ici les adresses s’identifient à coup de points kilométriques. Faut juste pas rater les bornes. Le type de l’agence nous appelle pour nous dire qu’il nous attend au bas de la route qui mène à la résidence. Ma patience en prend un coup.

On finit par arriver au rond-point indiqué et en route pour une ascension qui nous laisse bouche-bée. C’est un mur fait de virages sans visibilités, bordés d’un rigole profonde d’un mètre et large de quarante cm!!! Faut pas y mettre une roue. Et je te raconte pas si les freins pètent… Ca y est, j’ai les esgourdes qui couinent.

12h35

Ah les abominables! Ah les saligues! Ah les pluscradesqueçatumeurs! J’oserais pas élever un porc dans la soue qui se cache derrière la porte. Le frigo st décoré façon Roquefort et clape du bec tout autant. le sol à décidé de virer les semelles de nos pompes, les fenêtres sont collées et refusent de nous laisser apercevoir autre chose qu’un kaléidoscope! La terrasse est en voie de devenir un marécage, mais c’est heureusement un peu haut pour les alligators. Ce qui tenait lieu de cuisine a disparu depuis longtemps sous une couche conjuguée de vieille graisse et de moisissure, la cuisinière à gaz semble recouverte de dégueulis cramés. Les lits ont des sommiers recouverts d’une fourrure poussiéreuse de poils de culs, les placards abritent des populations qui feraient le bonheur d’entomologistes chevronnés et je vous fais grâce des salles de bains, vous sachant sensibles…

12h45

On est anéanti. partagés entre les larmes et la rage. Et l’autre abruti qui fait comme s’il ne voyait rien! En plus on est piégés. On a déjà réglé les frais d’agence, on a pas retenu d’hôtel et trouver un autre appartement ou une maison dans nos prix alors que tous les mutés sont arrivés…

Le sinistre finit par convenir que la propreté laisse à désirer. il promet de faire intervenir une entreprise de nettoyage demain matin à la première heure. On est bien obligé de s’en contenter. on règle les papelards, mais pas le loyer, ni la caution. on avisera lorsque tout sera en ordre.

13h30

On file récupérer le reste de nos bagages à la consigne. L’humeur est moins bonne, le coup d’assommoir conjugué à la fatigue nous rend moins optimiste. et moins efficaces. Du coup on se chipote un poil. Fait chier tiens! Le pire c’est qu’on avait retenu ce appartement parce que les locataires précédents y étaient entrés alors qu’il était neuf!!! On pensait pouvoir leur faire confiance puisqu’ils étaient également enseignants… J’aimerais bien les croiser les M…….t. Histoire de bien leur exprimer notre reconnaissance.

Robin reste à l’appart’ pour faire des photos afin de ne pas être piégés par l’agence. Je les sens pas. Vraiment pas. Nous retournons sur Faa’a pour ouvrir un compteur auprès de l’Electricité De Tahiti. Faut faire fissa, le week-end arrive et d’après le gonze de l’agence ils demandent 24 heures pour un raccordement!

15h30

Galère putain! J’ai eu un mal de chien à trouver et lorsqu’on se pointe c’est fermaga. Les administrations ferment toutes à 15h30 mais ouvrent très tôt. Je sens mal le week-end à la bougie. Priorité n°1 demain matin: camper devant la porte pour ouvrir ce fichu compteur. On ne se sent vraiment pas de rester dans le noir jusqu’à lundi.

Direction Papeete pour enfin assurer la voiture achetée depuis la métropole. Voiture que nous n’avons vue qu’en photo pour le moment. On ose pas dire tout haut ce qu’on pense tout bas. Pourvu qu’elle ne soit pas à l’image de l’appartement! (Finalement ce sera une bonne surprise: pas rutilante mais conforme à ce qu’on pouvait attendre d’une voiture âgée de dix ans.) Au retour de Papeete on stoppe à Carrefour pour acheter de quoi récurer l’indispensable: chiottes, salle de bain et deux piaules. Le reste attendra le passage de l’entreprise de nettoyage. On pense à prendre des bougies, ça va être indispensable. Et puis de quoi se faire un casse-croûte aussi. Même si l’appétit n’y est pas… Dans la foulée on s’occupe de la ligne téléphonique. Là encore, la vahiné qui nous prend en charge nous met un peu de baume au cœur. En deux temps trois mouvements elle fait le nécessaire pour que nous soyons raccordés mardi au plus tard alors qu’il faut compter deux à trois semaines pour obtenir une ligne en temps normal. Elle prend même sur elle de ne pas attendre pour nous faire une pré-inscription ADSL histoire de ne pas, là non plus, perdre de temps.

On est au radar pour remonter au taudis.

18h00 passés…

Fait nuit en cette saison. (ben oui, c’est l’hiver sous cette latitude.) On allume des bougies tout partout et on décrasse autant que possible une salle de bain et deux puciers. Robin veut dormir dans la voiture. Il est remonté comme rarement. Heureusement qu’une demi-planète nous sépare des gorets. Sinon on se serait volontiers fait un remake de massacre à la petite cuiller.

On casse la croûte dans la vaisselle en papier qu’on a acheté. Puis on passe sous la douche. Froide comme il se doit. Je ne me rappelle pas m’être senti aussi crade.

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