Vagues et sable noir.
Eh ben voilà, je me suis fait refouler. L’océan claque de grandes gifles sur le récif et me vire du lopin de sable sur lequel j’ambitionnais d’étendre ma serviette, afin de me livrer à une séance de méditation intense. De celles qui me permettent de vous livrer ensuite les fruits brillants de mon intellect… Ouais bon bref, j’avais une paire d’heures à tuer et un bon bouquin dans mon sac. Depuis la montagne, le lagon me faisait un œil plus bleu que le bleu de ses yeux, je n’vois (Maurice) rien de mieux…
Furibard, (aujourd’hui je l’appellerai comme ça, demain ce sera peut-être Marcel ), l’océan gronde si fort que je ne peux pas aligner deux pensées de suite.
- » Comme d’hab’ » me glisse à l’oreille droite mon côté caustique.
Je verrouille l’insolent derrière l’huis de mon mépris et laisse courir mon regard vif et brun sur les franges écumeuses et moussantes telle la robe d’une belle portée par le vent.
- » Ah ? Parce que des belles qui courent vers toi portées par le vent, t’en as connues beaucoup ? » persifle à mon oreille gauche mon côté réaliste.
J’envoie le cafardeux visiter un célèbre pays méditerranéen, et dégaine d’un geste majestueux l’humble outil propice à mon usage. Derrière moi, une voix ne me dit rien du tout et c’est même pas la peine d’essayer de penser à autre chose ! Je parle de mon appareil photo ! P’tits malins.
J’interromps à temps mon geste auguste à proximité millimétrique d’un nez, précédant de peu, un jeune pêcheur. ( Bah oui, un danseur de tango sur une plage de Tahiti, c’est pas crédible )
Corrigeant son strabisme dès que ma main retire de son tarin la proximité potentiellement contondante de l’objet susnommé, il s’enquiert de mon activité:
- Tu regardes les vagues ?
Pétrifié par tant de clairvoyance, je ne peux qu’acquiescer, inquiet de la suite de notre conversation…
Pas avare, nous échangeons quelques pensées. Je fais le tri, garde les meilleures, lui confie princièrement la totalité des miennes, puis décide d’aller voir un peu plus loin si j’y suis. Par chance, les probabilités sont avec moi et je fais un bout de chemin en bonne compagnie avant de stopper là où l’envie me pose.
Les rouleaux tancent vertement le rivage, dépourvu de la protection de la barrière de corail.
Des pêcheurs semblent danser sur la laisse, reculant devant les vagues pour mieux se précipiter à lancer leur ligne pendant le reflux. Les nuages bas se poncent sur les montagnes, la flèche blanche d’un paille-en-queue cisaille le vent tandis qu’un arc-en-ciel tente de surfer les vagues du large. La colère des rouleaux abandonne un ruisseau paniqué qui se précipite vers l’océan dans une course contraire, bondissant sur les galets polis.
Les couleurs se succèdent au gré des percées du soleil, les vagues se drapent d’une vapeur irisée en s’enroulant. Tutoyant l’océan depuis leur naissance, des jeunes se lancent dans l’écume bouillonnante tandis que j’agrippe une chaise pour surfer la terrasse du troquet juché là… Le café est aussi noir que le sable, les pêcheurs poursuivent leur gambille inlassable et les jeunes… giclent avec agilité sur les rouleaux.
Et là, attablé devant ma tasse à présent moribonde, je me sens vieux…
J’avoue ne pas avoir vraiment tout compris……….