Tous les ans, au mois de juillet, ont lieu les célébrations du Heiva. Jadis interdites grâce à l’ouverture d’esprit  et à la tolérance habituelle des missionnaires, grands fossoyeurs s’il en est de culture, le retour des fêtes du Heiva célébrant la culture Maohi est du à la commémoration… du 14 juillet ! Annexée en 1880, la Polynésie doit dorénavant célébrer la prise de la Bastille ! Événement majeur et aussi important pour les polynésiens que, puisqu’ils sont maintenant français, de leur apprendre l’histoire de leurs ancêtres gaulois !!!

Naturellement boudée par les polynésiens au grand dam des autorités coloniales, la commémoration du 14 juillet sonne un peu… creux. Défilés militaires, fanfare coloniale laissent froid les populations locales. Des manifestations plus traditionnelles seront organisées au fil du temps: concours de pirogue, lancer du javelot… Interdite par les édits du roi Pomare en 1819 puis de la reine Pomare en 1842, la danse manque disparaître. Jugée trop lascive, elle incarne pour ces esprits, corrompus par les missionnaires, le mal sur terre.

Rythmant le quotidien, elle participe à la tradition orale, conte les légendes ou simplement la vie ordinaire. Là où des cerveaux malades ne voyaient que dépravation et incitation à la débauche se cachent grâce et histoire. Et si l’on veut à tout prix parler de sensualité, considérons simplement qu’il s’agit du langage originel…

La danse n’est pas l’apanage des sylphides publicitaires. Loin de l’archétype véhiculé, les vahinés  ne sont pas toutes sur ce modèle. Comme dans nombre de populations aujourd’hui, les corps se laissent parfois aller, particulièrement à Tahiti où la mal-bouffe imprime sa marque. Et pourtant, dès que la musique nait, l’essence même de leur nature se révèle…

Comment décrire ? Les visages s’illuminent de l’éclat d’yeux sombres, la douceur des gestes prend place et les mains volent gracieusement en arabesques délicates. Tout est légèreté et grâce, chaussant de plomb nos étoiles anémiques.

Résolus à ne pas manquer cette célébration, nous avions réservé nos places pour la soirée d’ouverture. Appareil photo chargé à bloc… Qu’il a fallu laisser au fond du sac ! Toute capture d’image étant interdite… La vigilance des hôtesses ne laissant rien passer, c’est avec regret que ce billet ne sera pas illustré. Désolé les mecs, les vahinés attendront encore un peu.

Mais juste un peu. J’ai une autre carte dans ma manche! :mrgreen: