Ou il est question de caleçon, de sourire, de photos, de latinos mais pas Salma Hayek.
Nos amis sont à court de carte mémoire, nous répérons une enseigne jaune et noire qui semble du meilleur effet. Eh ben je vous l’assène : n’entrez jamais dans un magasin de matériel photographique à San Francisco!!! A moins de savoir exactement ce que vous désirez et d’en connaître les prix sur le bout des doigts ! Votre compte en banque court moins de risque à Las Vegas en compagnie des locataires de Hugh Heffner.
Je n’avais pas fini de dire bonjour que j’étais presque en caleçon !
En deux temps trois mouvements le G9 se retrouvait affublé d’un grand angle avec macro et les tubes qui vont bien et mon panorama rétréci au sourire 64 dents d’un vendeur tellement latino (appelons le Nic) que je m’attends à voir débarquer Chakiris au coin du Wood… Et toujours avant d’avoir eu le temps de vérifier la présence de mon caleçon (il vous manquait mon caleçon hein ?) il me sussurre à voix basse que rien que pour moi il me baissait le prix de 50%… En serrant instinctivement les fesses devant tant de sollicitude gominée, je lui fais remarquer que « non merci tout va bien avec mon télé-objectif et que madame en est tout à fait super contente.
« Mon ami me familière-t-il, je me suis mal exprimé ! C’est d’un grand angle dont il s’agit que la vie tu ne la vois plus du tout pareil après, qu’au lieu de faire deux photos au réveil, une seule suffit ! C’est toutafététonnantmonami… »
« Ah bonnnnnnnnnnnnn étirais-je pour bien signifier que la durée non plus ne me fait pas peur. »
« Bien sûûûûûûûûûûûûûûûr me contre t-il. (Dans un autre quartier il eut sans doute tenté de me contre-uter, mais c’est une autre histoire) Allez mon ami parce que tu m’es trèèèèèèèèèès sympathique le tube adaptateur c’est cadeau ! (Mine de rien, en moins de 10 minutes il vient de tomber 250 dollars sur le prix initial. Je commence à m’interpeller in-petto : holà mon garçon (j’aime bien me donner du mon garçon in-petto)(t’as vu la parenthèse dans la parenthèse ?) holà me dis-je donc, mon garçon, si c’était malgré tout une bonne affaire ?) Et c’est là que c’est redoutablement très fort : je suis entré en flânant, badaud désœuvré par une attente qui avait pris son indépendance et je me retrouve colloqué par une potentielle affaire dont je n’avais initialement strictement rien à battre. Je ne sais pas si tu me suis Hannibal, parce que je ne suis pas certain de ne pas me précéder un peu sur les chemins de l’égarement.
Poursuivons ! Je suis un peu contrarié de ne pas m’être assez renseigné sur les tarifs en dollars. J’ai une idée assez sûre du prix en euros, mais pas facile de faire la conversion. Le matois s’engouffre aussitôt dans mon hésitation et plein de sollicitude me fait part de son dernier prix. Sérieux, si je ne me goure pas, ça va me faire l’ensemble à 150 euros alors que je n’ai pas vu l’objo seul à moins de 350 dollars.
Vaincu, je rends les armes (mais pas mon caleçon, faut pas déconner non plus !) et je pense en rester là. Tu parles ! C’est un second vendeur qui revient vers moi pour l’encaissement et qui me gratifie d’un nouveau boniment : « mon ami (c’est fou ce que mon charisme naturel m’attire comme sympathie quand même) mon collègue il ne t’a pas montré ça il est nouveau il ne sait pas encore tout pourtant Nic est fort mon ami regarde (tout en parlant il me coperfield le G9 et monte un autre objo dessus) tu vois les reflets dans la vitrine ? » tout ça sans respirer.
« Ben non tombé-je dans le panneau. » atterré que je suis à l’idée d’un bouche-à-bouche pour ré-oxygéner le bleuissant.
« Justement tu peux faire toutes les photos du monde de la terre entière derrière une vitre sans reflet mon amiiiii ! (Faut qu’il fasse gaffe, il frôle la décharge là : il me rajoute des « i » de partout) »
Un peu lassée à présent, ma senestre me fait remarquer que ça va bien maintenant, qu’elle ne m’a pas accompagné aux USA pour tenir mon caleçon dans une échoppe latino à deux pas de Chinatown, qu’on n’est pas ici pour ça et que sinon il fallait le dire avant. Et que les paysages qu’on est venu photographier, ben ils sont rarement rangés dans des vitrines !
Je ne peux que me soumettre à son avis. J’envoie sa copine dextre lui prêter main forte (Quoi ? Oui je l’ai fait ! Et alors?) et je fais comprendre au vendeur, qui d’un seul coup semble en perdre son français et son amitié pour moi, que cela suffit mon bon. Brisons là et quittons nous bons amis ? Hmmmm ?
La température se prend un coup de blizzard dans la tronche et les dents ultra-brite disparaissent en même temps que mon règlement. Pas pour longtemps, un super nouveau copain tout neuf vient de passer la porte…
Et au final? Tu t’es fait avoir ou pas sur ce que tu t’es acheté ?