Avant de nous rendre au Rano Raraku, berceau de tous les moais de l’île, nous faisons halte à Ahu Akahanga. Il s’agit d’un site non encore restauré. Il est resté tel que la révolte des Pascuans l’a laissé. Les moais, brisés pour certains, gisent face contre terre, prosternés dans une expiation séculaire. Leurs coiffes (Pukao) sont là où elles ont roulé, protubérances rougeâtres au milieu de l’herbe et des pierres de lave.

Nous arrivons enfin sur le site le plus surprenant… Les moais émergent du sol, fichés ça et là, comme ballottés par une mer qui se gonfle. Certains plantés jusqu’au col, d’autres face contre terre, d’autres encore paraissent prêts à secouer la gangue qui les retient pour s’en extirper…   Quelques uns, inachevés, jouent aux gisants. Un colosse, le plus grand de tous (21 mètres, entre 170 et 190 tonnes), semble n’attendre qu’un signe pour se redresser.

La somme fantastique de travail que ces géants a représentée, habite le cratère. En être si proche semble réveiller la mémoire des sons qui l’ébranlaient : le choc des outils sur la pierre martyrisant les dos et les épaules sous le soleil brûlant ou la pluie battante, des chants, des cris, la souffrance et la fierté…

Tous les moais de l’île sont issus du cratère Rano Raraku. La distance parcourue pour les ériger sur leur Ahu (plate-forme cérémonielle) atteignait parfois 15 kilomètres. Personne ne sait encore comme cela a été réalisé, alors qu’il faut d’énormes grues pour relever des géants de 70 tonnes ! Des moais brisés sont restés là où ils sont tombés pendant leur déplacement. L’absence des yeux de corail blanc laisse penser qu’un tabou les frappait s’ils chutaient. Et que la mise en place de ces yeux, justement, faisait sans doute l’objet d’une cérémonie particulière sur le Ahu.

La face interne du cratère compte autant de statues. Personne ne sait à ce jour combien ont été sculptées, ni combien sont enfouies sous terre.

Un tiki se tient agenouillé à l’écart, énigme par sa forme inusitée et son origine, par son âge aussi que l’on pense aujourd’hui antérieur à celui des moais…  Au loin, derrière lui, on découvre  Tongariki.