Croisière en catamaran : traversée vers Raiatea
C’est parti ! 4 h 30 de traversée avec une houle chahuteuse au programme, ça promet… Quelques dauphins nous accompagnent en sortant de la passe, puis une baleine souffle. Elle ne nous laissera rien voir d’autre que son dos ! Pas coopérative pour deux sous. Et hautaine avec ça ! Que je plonge pour ressortir à droite, derrière devant… Frimeuse va !
Bon c’est pas tout ça, mais si l’on ne veut pas trop s’éterniser en mer faut y aller. Ah la vache ! ça remue quand même. Tu vois les spaghettis que tu martyrises avec ta fourchette ? Ben là, ça te fait tout pareil, mais avec tes boyaux. Donc tu luttes. Stoïque au vent, dents serrées, on sait jamais dès fois que tu assommes quelqu’un avec des morceaux. (En mer, plus qu’ailleurs, faut bien mâcher… Avant, après t’as plus le temps.) Pis faut bien reconnaître que ça ne se fait pas du tout de montrer ton intérieur sans prévenir. Je disais donc impassible. Vert, mais impassible. Le regard au loin genre contemplatif en communion étroite avec la nature, le front battu par les embruns, l’écume aux cils. T’essaies de ne penser à rien en cherchant un point fixe. Aussi improbable que le raccourci de David Vincent ! Pis si tu as remarqué, c’est généralement là, quand tu es parvenu à une extrême économie de mouvement, que tu as trouvé le point de rupture et que tu te tiens précautionneusement juste au bord tout cramponné à ta dignité, que tu te prends une grande claque dans le dos avec une avalanche de questions et de commentaires sur la mer agitée qui monte et descend et que tu sens bien le bateau réagir non ? Et là si tu as de la chance, mais vraiment de la chance hein ? Pas le p’tit coup de bol honteux non non de la vraie chance : tu évites le compte-rendu sur le repas de midi, les envies de sardines au barbecue ou de maroilles au p’tit déj’.
Mais si tu résistes à ça, si tu es capable de voir en un instant défiler les images de ta honte vomitoire et de résister, alors ! Alors ? Tu seras amariné mon fils !
Fut un temps jadis voire ancien d’avant maintenant tout de suite, je faisais énormément de voile. Comme toi, cela me procurait quelques vapeurs et passé les premières heures à être plus vert que la Manche ou l’Atlantique, j’étais amariné. Là… non, juste à côté !