Archipel des Australes
Rurutu : dites le avec des fleurs…
10C’est un peu court c’est vrai… Disons que j’avais prévu plus, mais les circonstances étant ce qu’elles sont devenues, subséquemment indépendantes de ma volonté mais finalement pas si éloignées que ça si on y réfléchit un peu, parce que c’est vrai aussi que si vous ne faites pas quelques efforts non plus l’un dans l’autre on se retrouve le nez dans le muguet ce qui est un moindre mal si on y pense hein au prix de la giroflée qui n’est pas au niveau d’une chicorée ce qui fait qu’au nord c’était les corons que ceux qui sont arrivés jusqu’ici sans respirer le disent ou se taisent à jamais. Normalement vous êtes au minimum tout bleu du bleu des fleurs ce qui nous renvoie habilement au sujet du billet qui nous interpelle : pourquoi le dire avec des fleurs que tu as coupées alors qu’elles ne demandaient qu’à vivre leur vie de fleur et qui vont crever pis qu’au final tu te fais bien chier à les mettre dans un sac poubelle parce que les fleurs se vengent en puant la charogne au bout d’une semaine ! Et je te raconte pas comment le vase est coton à nettoyer avec sa gueule toute tordue de saleté de vase à la con « que tu as vu mon chéri comme il est original oh mon dieu mon dieu comme il ferait bien dans le salon à côté des cendres de grand-mère sur le guéridon qui se trouve sous le napperon ». T’as intérêt ensuite à penser acheter des fleurs pour mettre dedans que sinon « c’était pas la peine de jeter de l’argent par les fenêtres à l’acheter ah pourtant ma pauvre mère me l’avait bien dit allez que j’aurais mieux fait d’épouser le fils du notaire qui avait de l’avenir devant lui avant de se faire opérer au Brésil et de travailler comme arpenteur de forêt à Boulogne que ça m’aurait fait voir du pays »…
Z’êtes toujours là ? La vache ! Ou c’est de l’amour, ou vous vouliez savoir où j’allais comme ça, ou alors faut consulter, c’est pas normal. La faculté est avide de ceux qui ne les ont plus… Ben au moins vous avez de la constance , c’est pas comme des que je citerai pas des pâles de la comprenette qui se sauvent à la première difficulté syntaxicale velue (oui velue parfaitement, le français est velu qu’on se le dise ! Pas comme des langues qu’on peut même pas citer qui font rien qu’à se contracter comme le cul de l’amère Boutin à la Gay Pride).
Ce qui nous renvoie aux fleurs… Donc, dans les îles il y a des fleurs. Elles sont jolies. Elles sentent bon. Comme les vahinés qui en choisissent certaines pour se décorer l’oreille selon qu’elles sont amoureuses ou disponibles… Ring, faut que tu te documentes un peu. Ça évitera bien des désagréments. Parce que sur une île, quand tu cours, tu reviens vite à ton point de départ.
Rurutu : on rencontre un vieux copain perdu de vue.
3Ben il est pas en forme le gars, il fait salement la gueule. C’est triste de finir comme ça, abandonné, à porter tout seul les stigmates du show-baise.
Affreux. Attention, les photos peuvent choquer les âmes sensibles. Eloignez les chiens. Si vous avez un chat sur les genoux, méfiez vous de sa réaction : les bas n’y résisteraient pas. Les culottes sensibles sont averties : toute responsabilité sera déclinée en cas de dommages collatéraux.
Prêts ?
Alors voilà.
C’est insoutenable je sais.
Je vous aurai prévenu.
Vous y tenez toujours ?
Vous pouvez encore vous raviser.
Vraiment pas ?
Faudra pas vous plaindre ensuite.
Je ne fais pas le service après-vente des cauchemars.
C’est votre dernier mot ?
Tant pis pour vous… (Lire la suite…)
Rurutu : l’île troglodyte.
5Fin du séjour, on rend les vélos à regret… Nan je rigole. Direction l’aéroport.
C’est comme si vous y étiez non ? Les p’tits sacs sont devant vous. Soyez gentils de suivre avec attention la démonstration de l’hôtesse…
Destination :
32,3 km2, sise à 572 km de Tahiti, Rurutu est unique. Née il y a 12 millions d’années du point chaud du Mac Donald, l’érosion la transforme pratiquement en atoll. Mais voici un peu moins d’1,5 million d’années un nouveau point chaud soulève le récif à plus de 100 mètres de hauteur. Le magma recouvre alors la plupart des plateaux de carbonates qui cernent l’île. Au fil du temps, le calcaire est dissous et les falaises percées d’une multitude de grottes dentelées de stalagmites et stalagtites.
La terre aidée par le climat y est généreuse offrant à profusion bananes, fei, cocos, citrons, pamplemousses, oranges, ananas, avocats, mangues, goyaves, pommes cannelle, litchis, corossols, piments, caramboles, kavas, café, vanille…
Chaque année, entre juillet et octobre, les grandes jubartes viennent ici mettre au monde leurs petits ou se faire la cour. Ce qui a amené le pays à prendre d’heureuses mesures pour leur protection :
Tubuai : tour de l’île… à vélo.
13Pourtant j’aime pas ça… Ouh ce que je n’aime pas ça ! C’est curieux comme exercice je trouve. Et pas seulement parce que ça pique les yeux.
M’enfin, c’est plus écologique pis l’île n’est pas très grande. Donc : je pédale. Et j’ai les yeux qui piquent.
On doit décoller en début d’après-midi pour Rurutu, dernière des trois îles que nous devons visiter. Ici aussi, nous nous avisons que pour rendre justice à cette terre, il eut fallu que nous prolongeassions notre escale. Ne serait-ce que pour avoir l’opportunité de visiter un des nombreux marae (il y en aurait plus de 200!) qui parsèment l’île et sont en cours de réhabilitation.
Bref ! Nous pédalons. ‘fait chaud, les freins marchent pas, ça monte pis derrière ça descend… Encore une route incertaine : toujours entre deux virages, pas franche du collier, une sournoise capable de profiter de la moindre distraction pour te creuser un nid de poule sous la roue ! Et la pluie qui vient s’en mêler ! Quoique… Ah ben non c’est plutôt agréable finalement. Sauf que la route en profite pour glissouiller biaiseusement dans le premier virage qu’elle entortille sous nos pneus. Pis maintenant j’ai de l’eau dans les yeux. Qui piquent toujours, oui. Merci de demander.
C’est l’heure du casse-croûte, une roulotte nous tend l’auvent et l’auspice de roboratives agapes. Ça tombe bien, le soleil, revenu de son rendez-vous avec la lune, transforme l’agréable fraîcheur en étuve miroitante. Une bière s’impose avant les premiers mirages.
Tubuai : retour du motu.
16Nous quittons le motu. Comme promis, Wilson nous fait faire un petit détour vers un banc de sable, motu en devenir, fortement éprouvé par un cyclone. Les cocotiers ont disparu mais l’océan continue à déposer du sable. La végétation un jour reprendra ses droits. Mais inutile de dire qu’il vaut mieux ne pas être abandonné sur ce genre d’îlot : le soleil aurait tôt fait de rôtir incontinent l’inconscient.
Au loin, Tubuai découpe un profil de moaï…
