Hiva Oa
Les Marquises : de Hiva Oa à Ua Pou (presque) comme si vous y étiez.
19Bon il est ou l’avion ? Quoi ? Non pas la boite d’allumette, l’avion ! Pardon ? Tu prétends que ce trombone à coulisse est un aéronef ? On pédale , on prie ? Nan, j’en rajoute ! Même pas peur ! Pourtant il faut un chausse-pied pour se glisser entre les sardines. Comment ? Non l’huile c’est toi qui la fait. En vol. Bon chauffeur, on y va ? On à un timing à respecter ! Ua Pou nous espère !
Voilà, qu’est-ce que je disais ! Tout se passe à merveille… Ça ne bouge même pas, le ciel et l’océan rivalisent à grands coups de bleus pendant que les pilotes pilotent et les passagers passagent.
Mais c’est comme pour tout : un mouvement crée une réaction ce qui fait que nous approchons de notre destination finale. Mais non j’ai pas de mauvais pressentiment !!! J’ai dit ça comme ça moi quoi ! Sans arrière-pensée, tranquille. Voilà tu préfères que je le formule comme ceci : nous approchons sereinement de notre prochaine étape. Quoi encore ? Quoi sereinement ? Ça fait quoi sereinement ? Celui qui est en paix avec lui-même, en sortant du confessionnal… Tu exagères un peu je te le dis gentiment c’est pas crédible, tu verses exagérément dans une escalade qui va surcharger un récit qui est censé se passer en plein ciel. Non j’ai pas dit qu’on était trop lourd !!! Respire, profite, on voit bien la mer, on ne tombe pas, ça s’appelle descendre. On voit la piste ! Au pied de la montagne… Oui, c’est vrai que les pics font un peu crocs mais la piste doit sûrement mesurer ce qu’il faut pour atterrir… Comment je le sais ? Bah euh… L’absence de carcasses calcinées en bord de piste ? Il parait de toute façon que c’est au décollage que… Mais non on ne va pas se planter en repartant !!! Je suis pas voyant, à peine lucide les trois-quarts du temps alors tu penses !
Alors ça y est ? Rassurée ? Tu vois bien qu’il n’y avait pas de raison de s’en faire ! En plus le pilote nous a posés comme une fleur : même pas une petite secousse. Voilà, on va lâcher l’accoudoir maintenant et sortir tout doucement les ongles de mon avant-bras, merci. Et descendre, nos amis nous attendent…
Ceci dit la piste semble courte, très courte avec la montée qui escamote la ligne droite. Seuls les pilotes rompus à ce type d’exercice sont habilités à l’atterrissage aux Marquises. Et c’est Jacques Brel qui a inauguré la piste en prouvant qu’il était possible de s’y poser en toute sécurité !
Les Marquises – Visite à Tahuata et aux poissons.
10
La veille au soir, nous avons enfin rencontré « Eric le ******** ». C’est lui qui doit nous emmener faire un petit tour en bateau, visiter l’île voisine de Tahuata et profiter d’une plage sans trop de nonos. Comme on est arrivé un peu tard, l’apéro était attaqué depuis un petit moment. Manifestement le sol de l’hôtel était soumis à fort roulis avec des creux de cinquante centimètres. Il devait avoir entrepris de mâcher une boule de coton, les mots avaient du mal à se trier. Mais il était assez lucide pour savoir qu’il ne l’était plus trop. L’important étant que nous puissions confirmer notre rendez-vous pour le lendemain à 8h30. Sonnantes.
Vous nous connaissez : nous n’aimons pas être en retard. Comprenez l’étonnement qui fut le nôtre (pas le vôtre, le nôtre) lorsque le Lyonnais aux yeux injectés entreprit de nous tancer au sujet de notre retard !
- Quel retard ? M’étonnais-je, brandissant fermement et sûr de mon fait la preuve horlogère mais néanmoins péremptoire de mon exactitude : ma montre affichait 8h20 de son mouvement Suisse étanche (on n’en parle pas souvent de celui-ci, on cite plus volontiers l’allemand ou l’italien, mais il existe. Si si).
- Le retard qui fait qu’il est 8h50 ! me rétorque l’entêté gueuledeboisé.
Magnanime parce que sûr de l’absolue fidélité des rouages animant le sablier qui ne me quitte pas (j’avais d’ailleurs précautionneusement prévu un ou deux coucous de rechange), je concède à la diplomatie et à la réussite de la journée qu’il est possible après tout qu’un malentendu se soit glissé dans nos diverses interprétations.
Sur quoi nous embarquons. Avec un jeune couple hilare qui me confirme que nous aurions bien une demi-heure de retard… Palsambleu voilà qui suffit bélîtres ! Il me suffira de consulter l’horloge japonaise mais cependant rigoureuse de mon APN ! Qui d’une courbette me confirme l’exactitude de ma clepsydre. Haha me rengorgeais-je sûr que deux valent mieux qu’une, (encore que tout le monde ne soit pas d’accord, demandez à l’amère Boutin ), vous voyez bien !!!
Et là, après un moment de silence à couper en deux un monastère, héroïquement, entre deux reflux gastriques, le Lyonnais me dit tout à trac et sans précautions :
- Et le décalage horaire hein ? T’as pensé au décalage horaire ?
- …
- Ben oui, aux Marquises il y a une demi-heure de décalage horaire m’assassine-t-il.
- Ouah l’aut’ hé il me prend pour un Marseillais capable de gober une sardine vé ! N’importe quoi ! On nous l’aurait dit non ?
-…
- Ah ? On aurait du nous le dire ? C’est ça le truc ? Ce qui fait que là, tout d’un coup, je me sens encore une fois tout seul dans mon caleçon ?
Sans déconner… Entre Tahiti et les Marquises tu te manges une demi-heure et ce n’est mentionné nulle part ou alors en très petit !!! Et on te laisse découvrir ça comme une ménagère qui découvre toute déconfite qu’il y un nouvel Omo et que sa lessive qu’elle croyait laver, pauvrette, plus blanc que blanc n’est finalement que gris clair qu’elle devrait avoir honte madame d’étendre du linge comme ça. Farpaitement !
C’est pas tout ça, on n’est plus à un costard près, on va quand même apprécier la promenade sapré tonnerre ! Il suffit de franchir le canal du Bordelais (Ha’ava) à bord du bateau du Lyonnais pour atteindre Tahuata, distante de 4 kilomètres.
L’île est extrêmement découpée, de loin en loin nous apercevons d’engageantes plages de sable blanc, hélas infestées de nonos. Nous faisons une halte assez courte, histoire de photographier les Tamanus multi-centenaires bordant la chaussée des Rois. C’est un chemin fait de blocs de basalte qui longe le village. Nous sommes accueillis pas un minuscule autochtone qui ne prononce que le mot « Aranui » (c’est le bateau qui, toutes les trois semaines, ravitaille les Marquises et débarque son lot de touristes…). Il se charge de nous guider jusqu’à l’emplacement réservé à la vente de l’artisanat… Il ira loin si ses pattes s’allongent un peu…
L’artisanat des Marquises est riche de symboles picturaux ayant des significations précises, il s’exprime à travers la sculpture et l’art du tatouage. Un art qui, s’il n’a pas disparu, le doit aux Marquises.
Pour le reste… La journée se poursuit agréablement avec un coucou aux poissons ! Et le Lyonnais finalement ? Ben plutôt sympa pour un ours !
Demain, direction Ua Pou…
Les Marquises : Hiva Oa. Contrariétés et visite succinte.
14 Nous avions pris la précaution de réserver une voiture de location la veille, afin de visiter les sites archéologiques. 8h30, pas de soucis, le véhicule nous est livré. A peine franchie la barre des soixante kilomètre heures, le volant s’anime d’une vie propre et la voiture tente de se suicider en sautant dans le ravin. Après une rapide concertation, nous convenons que ce serait trop bête de commencer notre séjour par une Evasan. Nous faisons demi-tour et contactons l’agence de location… Le hangar est bien entendu fermé, nous attendons le loueur. Arrive un gugusse passablement excité qui s’évertue à l’aide d’un trousseau de douze mille clés à devérouiller le cadenas condamnant l’huis. Ce qui ne l’empêche pas de disserter sur les mérites de sa voiture qui sort de révision, que les mécanos n’ont rien vu de suspect, qu’on exagère une légère vibration, les précédents utilisateurs ne sont plaints de rien… « Et pis de toute façon j’ai rien d’autre à louer. » L’individu roule en pick-up clairement identifié « location », mais il en a un meilleur usage à titre personnel donc… Il daigne malgré tout nous reconduire à l’hôtel, passablement énervés, pour ne pas dire autre chose, après nous avoir remboursés.
Les Marquises : Hiva Oa
8Bienvenue à Hiva Oa ! Longtemps capitale administrative des Marquises, elle doit aujourd’hui sa célébrité pour l’abri qu’elle offre à Gauguin et Jacques Brel dans le cimetière d’Atuona. Au sein des nombreux sites archéologiques qu’elle comporte, on recense les plus grands Tikis de Polynésie, un musée « Gauguin » avec une reconstitution de la « Maison du Jouir »…



